LES POILUS SE SONT-ILS BATTUS POUR CELA ?

Publié le par Verdun

A l’heure où les commémorations se terminent, avec leur lot de déclarations opportunistes et hypocrites, sur un conflit si vieux et pourtant si important dans la construction de notre nation, et alors que dans le même temps, notre pays est à nouveau confronté à un défi majeur, nous sommes en droit de nous interroger.

Est-ce que tous ces sacrifices, consenti sur une si longue période et dans des conditions si éprouvantes et dangereuses a été accepté pour que nous nous trouvions aujourd’hui, nous les arrières petits enfants de ces combattants glorieux dans la situation dans laquelle on se trouve ?

D’abord rappelons quelques chiffres simples : la France, République peuplée de presque 40 millions d’habitant a perdu en cinq ans (en tenant compte des pertes subies lors des opérations qui succédèrent immédiatement l’armistice, et qui se poursuivirent jusqu’en janvier 1919) 1,397 millions de soldats et 300.000 civils.

Il s’agit du plus grand sacrifice consenti par un des pays occidentaux du coté Alliés. Seuls la Russie, l’Allemagne subirent des pertes plus importantes !

Pendant 4 ans, dans un contexte sur lequel les historiens se déchirent encore, des français de tous âges et de toutes origines acceptèrent de combattre dans les conditions les plus difficiles, cimentant dans un sacrifice librement consenti, l’adhésion à un socle de valeurs communes, qui font encore écho aujourd’hui.

Ce « pacte » scellé dans la douleur et l’effort, est durablement inscrit dans notre paysage symbolique et géographique : d’une part par l’intégration des provinces d’Alsace-Moselle, et d’autre part par l’omniprésence de monuments sur tout le territoire, constituant un maillage de référence d’une densité jamais connue jusque-là.

Il faut dire que les pertes subies furent terrible et que toutes les familles furent touchées par cette guerre. Il n’est encore pas une famille française qui n’ait un aïeul concerné par le conflit, et ce quelque soient leurs origines (signalons par exemple qu’un  ancêtre de Nicolas Sarkozy fut pilote dans l’aviation d’Autriche-Hongrie).

Dans ce contexte, ce sacrifice que nous commémorons aujourd’hui ne peut que nous inviter à prendre un recul certain sur notre situation. Comment pouvons-nous accepter les évolutions politiques et économiques actuelles ?

Comment est-il possible que la France puisse à ce point s’éloigner sans réagir des idéaux et des objectifs pour lesquels sont morts les poilus ?

Certes, il sera toujours possible d’argumenter sur les changements de circonstances, les évolutions du monde qui « obligeraient » notre pays à désirer ce qui était inimaginable il y a seulement 70 ans ?

Outre le caractère omniprésent dans les éléments de langage libéraux de tels arguments jonglant entre le TINO et l’éternelle référence à la nécessité de s’adapter ou de mourir, de « vivre avec son temps », bref de tourner le dos à tous ces idéaux du passé.

Pourtant, la question mérite d’être posée, et elle renvoie à des réflexions pas très agréables :*

-          La domination de l’Allemagne réunifiée sur l’Europe correspond à peu près aux buts de guerre allemandes de 1914, ce qui signifie qu’en 2010, Berlin est parvenu à « effacer », avec la complicité consentante des élites et gouvernements français, les effets de notre victoire de 1918 ;

-          La souveraineté nationale est soumise à une menace de plus en plus vive du fait du Libre-échange et de la mondialisation ;

-          Les principes républicains sont aujourd’hui foulés aux pieds par ceux-là même qui étaient en charge de les respecter.

Les exemples et illustrations de ces quelques réflexions abondent.

Dès lors, oui la question mérite d’être posée :

Les poilus sont-ils morts pour que nous en arrivions là où nous sommes ?

Poser cette question, c’est déjà y répondre…

Il est donc de notre devoir de réagir, et cette réaction devra reposer sur les mêmes principes que ceux qui les ont menés à la victoire, malgré les efforts, les privations et les dangers.

Verdun

 

 

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