Sommet européen du 26 octobre 2011 : l'euro est-il sauvé ? Sarkozy est-il sauvé ?

Publié le par Verdun

Traditionnellement, les accords étaient largement médiatisés à l'occasion de leur signature, ce moment tant pris en photo de la signature des documents.

 

Aujourd'hui, à l'heure d'internet, du High frequency trading et de l'information circulant à la vitesse de la lumière, c'est l'annonce d'un accord de principe qui suffit, les détails de cet accord étant laissés aux expertes, techniciens et technocrates.

 

Rien de signé à l'heure où nous sommes donc...

 

Et pourtant, une nouvelle phase de soulagement, de détente sur les Marchés et de hausse des cours des valeurs bancaires.

 

Pourtant la question mérite d'être posée : l'euro est-il sauvé ?? Sarkozy est-il sauvé ?

 

Rappelons les termes principaux de cet "accord" de principe :

 

- annulation de 50 % de la dette grecque souscrite auprès des banques (pour un montant estimé à 106 Milliards d'€) par le biais d'un échange à partir de janvier 2012 des obligations contre de nouvelles valorisée à hauteur de la moitié - attention cela ne porte finalement que sur un tiers de la dette totale (évaluée selon les sources entre 330 et 350 Milliards d'€) ;

- recapitalisation des banques à hauteur de ce montant de dette grecque passé en "pertes et profits" avec une garantie du FESF de 30 Milliards d'€  (avec exigence d'un ratio de 9 % de fonds propres) ;

- remplacement du prêt à la Grèce décidé en juillet 2011 (UE et FMI) de 109 Milliards d'euros par un prêt de 100 Milliards d'€ assorti d'une mise sous tutelle intégrale de l'administration publique et des finances grecques (avec un nouveau plan d'économique de 15 Milliards d'€, portant principalement sur des privatisations) ;

- renforcement des moyens du FESF (250 Milliards d'€ de garanties) par plusieurs produits financiers complexes pour créer un effet de levier jusqu'à 1.000 Milliards d'€ (c'est dans le cadre de la conception de ces "special purpose vehicles" que l'aide des pays émergents sera sollicitée, ce qui laisse prévoir de nouvelels négociations très ardues portant notamment sur les contre-parties que ces pays exigeront pour aider l'Europe) ;

- engagement des pays à équilibrer leurs budgets et à inscrire la "règle d'or" de préférence dans la constitution avant la fin 2012. 

 

A ce stade, il est important de signaler que ces accords de principe n'ont pas encore été ni rédigés, ni détaillés. Ceci laisse donc la place à une double problématique :

- l'action des lobbyings bancaires et financiers très puissants (même si cette action va momentanément perdre de son efficacité en France du fait des élections présidentielles) qui vont limiter au maximum les effets recherchés dans cet accord ;

- le délai pour formaliser et mettre en oeuvre cet accord (au plus tôt début 2012) qui laissent la place à de nouveaux "pics" de crise (rappelons-nous que les décisions prises en juillet, lors du précédent sommet de la dernière chance, n'ont pas encore d'effets à ce jour) ;

 

Mais le vrai soucis est au-delà : ce plan aurait toutes ses chances de sauver la Grèce et l'Euro dans un contexte économique de croissance.

 

Or, il n'en est rien.

 

Face à un contexte d'aggravation de la Crise (deuxième branche du "double dip" , de hausse du chômage, de ralentissement économique, de paupérisation des classes moyennes, ce plan reposant essentiellement sur un effet de levier financier ne peut qu'échouer.

 

Le succès d'un effet de levier repose avant tout sur un mécanisme de valorisation par anticipation de gains ou de croissance.

 

Si les anticipations ne se réalisent pas, c'est tout le mécanisme qui s'effondre?

 

Et il ne restera qu'une aggravation de l'endettement des pays ayant participé à ces mécanismes.

 

Si l'on se penche sur le simple cas de la Grèce, pays confronté à une récession massive liée principalement aux plans de rigueur imposés. Comment pourra-t-elle payer sa dette, même réduite d'un tiers (100 Milliards sur 330-350) avec un PIB qui se contracte ?Même si l'on passe la dette grecque de 350 à 250 Milliards d'€, c'est toujours trop par rapport à ses capacités d'exportation et de croissance...

 

Ce plan, comme les précédents depuis 2008, ne consiste finalement qu'à acheter (de plus en plus cher) du temps  en attendant que "le beau temps succède à la pluie". Rappelons par exemple que la dette grecque en 2008 était d'environ 80-100 Milliards d'euros, pour être aujourd'hui de 330-350 Milliards avant la décote. Deux cents milliards ont donc été "perdus" poru gagner... 3 ans sur un défaut qui sera inéluctable quoiqu'il arrive... Beau résultat !

 

Il faut ajouter à cela, au niveau national français (non ce n'est pas encore un "gros mot" ni un terme d'extrême-droite), une manoeuvre habile du président actuel pour placer en difficulté son principal concurrent, pris en étau entre les pressions de certains de ses alliés et les engagements français.

 

Si ce plan ne parviendra pas à sauver l'Euro, il sauvera peut-être Sarkozy.

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