Prédictions pour 2011 : échec des alternatives et crispation des appareils

Publié le par Verdun

Pour faire suite aux échanges sur le blog de Malakine, je me livre ici à mon premier billet de prévisions pour 2011. Bien évidemment, il s'agit d'un exercice très contestable et qui risque vraisemblablement d'achever le peu de crédibilité que je pouvais encore avoir auprès des deux lecteurs assidus de ce blog (sic).

 

Avant tout, je précise que je ne vois pas advenir en 2011 de déblocage, ni de brutale aggravation de la Crise politique et économique en France.

 

En effet, nombreux sont les commentateurs dignes d'intérêt qui ont prédit la fin de l'euro, de graves troubles sociaux ou politiques, voire pire pour cette année, certains la qualifiant d'année "d'explosion".

 

Je pense que si les arguments qui les amènent à penser cela sont parfaitement fondés, la séquence actuelle ne montre aucune accélèration prévisible. De fait, nous sommes sur un plateau dont tout le monde sensé distingue les contours, mais dont nous n'avons pas (encore) atteint les limites.

 

Il est d'ailleurs notable que les avis pessimistes qui se multiplient chez les chroniqueurs politiques et économiques ne se réalisent pas aussi vite que ce que l'on a coutume de croire, donnant des arguments aux partisans du "tout va très bien Mme la Marquise..."

 

Nous assistons à un effondrement au ralenti, et notre esprit est capable de voire et prévoir les étages qui vont s'abattre, ce qui nous amène à hâter excessivement l'enchaînement des faits (et de fait à perdre une partie de notre crédibilité).

 

Nos élites "font le job" comme elles peuvent, misant tout sur la poursuite du statu quo à n'importe quel prix en attendant des jours meilleurs qu'elles sont incapables de provoquer. Nos dirigeants n'étant ni pires, ni meilleurs (c'est tout le drame) que l'année précédente, l'évolution ne pourra venir que sous une contrainte d'une exceptionnelle gravité dont nous sommes encore loins, même si elle se rapproche et que l'on ne doit pas exclure une accélèration brutale des évènements (peut-être en 2011 ?).

 

Pourquoi alors parler de "crispation" et ne pas prévoir une telle accélèration ? Pour une raison essentielle : l'année 2011 précède 2012, année éléctorale par excellence, sur laquelle tous les regards vont se focaliser.

 

Les appareils vont se structurer et être repris en main par les "leaders naturels", dont l'incompétence notoire dans l'exercice du pouvoir au quotidien ne doit pas masquer les réelles qualités pour la conquête dudit pouvoir.

 

Ceci va donc amener une évidente crispation au fur et à mesure que les échéances vont se rapprocher. Si le leader naturel à droite est le Président en exercice, sa nature psychologique (sur laquelle nous ne nous prononcerons pas) rend impossible qu'il renonce à se représenter à ce stade, nonobstant des sondages atteignant des niveaux de profondeur inconnus, mais qu'il estimera toujours réversibles.

 

Surtout que ces mauvais sondages vont progressivement atteindre l'ensemble du gouvernement et de l'UMP (et dans une moindre mesure l'autre parti de gouvernement : le PS), délégitimant toute contestation interne.

 

L'UMP va donc se replacer en ordre de marche, et dès le début de l'année, c'est un Président en campagne que nous allons re-découvrir, limitant autant que possible les erreurs passées et optimisant au maximum les moyens que l'appareil de l'Etat met à sa disposition dans un seul but : se faire réélire.

 

à ce titre, la nouvelle "grande idée" du quinquennat sur la dépendance ne doit pas être vue comem autre chose qu'une tentative aux frais des contribuables les plus jeunes, de s'attacher les voix des plus vieux, qui forment une part de plus en plus importante du corps éléctoral.

 

Toutes les manoeuvres seront admises, y compris la réconciliation avec les ennemis irréductibles du passé (Dominique de Villepin, François Bayrou... - je n'ai pas écrit que ces tentatives résussiraient, mais elles seront permanentes), ou les pressions à la limite de la légalité contre les éventuels récalcitrants.

 

Que l'on songe ainsi aux difficultés que vont rencontrer les candidats pour rassembler les 500 signatures après la réforme des collectivités locales qui prévoit au printemps 2014 une réduction des mandats (les conseillers territoriaux remplaçant les conseillers régionaux et départementaux). Cette réduction des mandats va amener une baisse des mandats et dont une lutte au sein de cette population d'élus pour conserver son mandat, lutte pouvant donner lieu à toutes les pressions au moment de donner son parrainage à un "petit" candidat.

 

J'entrevois donc un resserrement de l'UMP, avec une crispation.

 

Le centre va se retrouver au cours de 2011 face à un piège tendu par l'UMP, et devra faire le choix entre la division en 3 candidats, et l'allégeance au parti dominant. Là encore, les exemples passés ne laissent que peud e place à l'optimisme, d'autant plus qu'au moins des 3 candidats est clairement l'agent d'une manoeuvre de destabilisation (Mr Borloo n'est entré en "rébellion" qu'avec l'accord express de Nicolas Sarkozy et n'hésitera pas à se rallier au dernier moment à son panache - mais c'est pour 2012).

 

Du coté socialiste, la crispation sera aussi très nette au profit des deux candidats naturels : Strauss-Kahn et Aubry. La lutte sera terrible et il est trop tôt pour prévoir qui en sortira vainqueur, même si une nouvelle manipulation n'est pas à exclure (comme celle de 2006 ayant poussé Ségolène Royal). Il est évident que le sérail politique et médiatique roulera pour DSK, qui représente la particularité d'être le candidat le plus à droite, donc d'être à la fois le plus avantagé par les sondages mais aussi le plus inapte à faire le plein des voix au premier tour.

 

Si Martine Aubry parvient à gagner la primaire, elle devra rassurer les centristes, et donc droitiser son discours, écartant Benoît Hamon, et ruinant ainsi ses capacités de rassemblement au premier tour.

 

Pour le Président, qui dirige la manoeuvre avec un art consommé, une réédition du 21 avril 2002 est l'objectif, afin de s'assurer d'une réélection nonobstant ses sondages calamiteux et son bilan catastrophique.

 

Aussi vise-t-il l'union à droite, au sein d'un rassemblement le plus large possible, et la division à gauche. Il n'hésitera pas à diviser le camp souverainiste entre Mélenchon et Chevènement, tout en bloquant Nicolas Dupont-Aignan qui risque de ne pas atteindre le seuil des 500 signatures.

 

L'année se terminera donc sur l'échec des alternatives institutionnelles, le régime politique actuel étant incapable de générer une telle alternance du fait de son mode de fonctionnement dévoyé.

 

Pourtant les choses bougeront durant celle année, à une vitesse de plus en plus rapide, mais de manière non visible ou externe au pouvoir politique.

 

Les Crises économiques et politiques (qui sont liées) vont se développer et se radicaliser dans différents endroits du monde, y compris en Europe. La Belgique va vivre de nouveau soubressauts, de plus en plus tendus, jusqu'à déboucher sur des violences, seules à même de débloquer la situation en amenant les wallons à de nouvelles concessions, permettant de tenir jusqu'à la prochaine crise en détricotant l'état belge.

 

Les Etats-unis et la Chine maintiendront le statu quo, chacun raidissant ses positions et aggravant les menaces potentielles.

 

Tous ces noeuds gordiens se dénoueront brutalement en 2012, à priori après les élections en France, mais un éclatement antérieur n'est pas à exclure (voire éventuellement à l'extrême fin 2011).

 

Voilà, rendez-vous en décembre pour constater à quel point je me suis trompé.

 

V.

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Jardidi 29/01/2011 11:47


Vous ne tenez absolument pas compte de Lepen qui, tout au long de 2011, dira probablement des choses soit intéressantes, soit populaires et qui pourrait affaiblir le blocage des PS, UMP.


Verdun 29/01/2011 19:36



Bonsoir,


Le positionnement nouveau du FN n'a à mon sens aucun intérêt pour le souverainiste, ou les républicains qui seraient convaincus que la sortie des pbs passeraient par un retour aux fondamentaux.
Il en a un en revanche pour ceux qui combattent ces solutions alternatives, qui pourront utiliser la reprise d'idées intéressantes par le FN comme d'un repoussoir.


Et c'en est un.


La récupération actuelle des idées souverainistes par l'extrême droite n'est pas une bonne nouvelle, et je ne crois pas dans un effet d'entraînement vis à vis des autres formations. Autant la
reprise des thématiques anti-immigration ne gêne pas les dogmes idéologiques libéraux, autant le protectionnismes, la restauration de la nation et la find 'une certaine forme d'Europe ne peut pas
passer, même pour de simples questions de manoeuvres politiciennes.


Dans tous les cas, je n'en ai pas tenu compte en 2011, car cet éventuel effet du FN n'aura d'impact qu'en 2012, à l'approche immédiate des élections, quand les intentions de vote se
cristalliseront et que les uns et les autres feront leurs additions.


Voici pourquoi je n'en ai pas parlé. Cette tentative de récupération (incohérente avec les fonds idéologiques de l'extrême-droite) a commencé il ya longtemps (Valmy...) et pour l'instant elle ne
me convainc pas.


V.



xavier 28/01/2011 10:40


Si l’on raisonne en terme de prédiction, je vous suis sur une probable crispation et donc un statu quo pour 2011.
Cette vision réaliste mais pessimiste (pour ceux aspirant à une réelle alternative politique) est cependant un peu trop démobilisante à mon goût.
Je crois une prise de conscience des électeurs français possible.
La prise de conscience est un phénomène qui peut être très rapide. On ouvre les yeux et on s’aperçoit de la naïveté dont on a fait preuve. Là tout peut aller très vite et nulle prédiction ne
tient.
J’étaye cette opinion sur mon parcours personnel. Plutôt raisonnable et modéré, j’ai eu longtemps tendance à accorder du crédit aux discours des milieux médiatico-politiques dominants. Tous ces
gens bien plus intelligents et avertis des affaires économiques que moi ne pouvaient pas tous se tromper ou nous tromper. Je reconnais mon manque d’esprit critique mais, à ma décharge, la
propagande est puissante. C’est là, qu’Internet change fondamentalement les choses. On a accès à une autre information, à d’autres points de vus et très vite, on se remet à réfléchir. La vitesse de
retournement de l’opinion politique est proportionnelle à la force du sentiment de gêne de se découvrir si crédule.
Alors, je remercie tous les blogueurs républicains et souverainistes pour leur travail souvent ingrat.
Bonne continuation !


Verdun 28/01/2011 11:23



Bonjour,


Merci de vos remarques. Je suis entièrement d'accord avec vous sur le retournement de l'opinion (d'ailleurs, il est en cours) dont l'accélèration est prévisible.


Mais, ce retournement ne sera pas suffisant car il va se heurter au verrouillage des institutions par une élite dépassée (pour rester soft).


or, l'étape suivante, après ce retournement de l'opinion, impose deux voies d'évolutions : soit une mutation du système qui "s'ouvrirait" à ce retournement (ce n'est pas exclu), soit
l'explosition du système sous la pression d'une opinion.


Cette dernière voie (pas souhaitable mais malheureusement inéluctable si les choses restent en l'état) suppose non seulement un retournement de l'opinion, mais aussi une prise de conscience que
les moyens ordinaires (légaux) ne sont plus suffisants. Pour qu'une telle prise de conscience ait lieu, il faut une nouvelle dégradation brutale de la vie de la majorité de l'opinion. A ce
jour, chacun se rend compte que les choses ne tournent plus comme il faut, mais pour autant, tout le monde s'imagine encore pouvoir s'en sortir... attendant que cela aille mieux.


Enfin, je n'exclue pas une troisième voie qui est l'échec de ce retournement, le système disposant de moyens puissants pour contenir toute vraie alternance.


Mais je reste optimiste sur le moyen terme, et je ne souhaite pas du tout démobiliser les bonens volontés par ce billet, bien au contraire, je prépare contre une démobilisation si les espoirs
d'évolution pour 2011 ne se réalisent pas !


Merci de votre commentaire


V.