Pourra-t-il me pardonner ?

Publié le par Verdun

Ce petit texte a été écrit juste après la naissance de mon troisième enfant. Il sort un peu du cadre de ce blog (quoique) mais il explique aussi le silence prolongé depuis ces quelques semaines. L'activité va reprendre rapidement, car les sujets ne manquent pas.

 

C’est la plus terrible question qu’un père puisse se poser, surtout alors qu’il assiste à l’accouchement de son fils.

Pourtant, l’esprit engourdi par le sommeil, l’angoisse des temps présents et des évolutions désastreuses à laquelle nous assistons tous, à la fois complice et impuissant a imposé cette question  si dramatique et si étrange alors que j’étais en train de vivre un moment heureux.

Le fil du raisonnement est facile à reconstruire. L’arrivée vers minuit à la maternité, dans une salle moderne, propre (il s’agit d’une maternité neuve d’une très grande agglomération française) me place en spectateur d’un évènement majeur de ma vie : la naissance d’un nouvel enfant.

Je suis attentivement la mise en place des matériels, les examens, le déploiement d’une expertise jamais atteinte au cours de l’histoire de l’humanité, et si bon marché grâce aux systèmes collectifs de solidarité instaurés depuis 1945 et qui sont remis en cause aujourd’hui.

Et rapidement, les questions fusent : ces matériels seront-ils encore là longtemps, alors que les ressources s’épuisent ? Ces compétences seront-elles encore accessibles tandis que partout la qualité baisse et les prix augmentent ?

Et soudain la question : ce fils qui est en train de naître grâce à toute une équipe, aux petits soins pour mon épouse en plein travail (sans douleur grâce à la péridurale), pourra-t-il bénéficier pour ses propres enfants des mêmes moyens, des mêmes compétences ?

Cette question est terrible car elle nous renvoie à notre seule véritable responsabilité : celle de léguer à nos enfants un monde meilleur que celui que nous avons reçu.

Certes, l’histoire montre que cette amélioration constante sur le long terme ne se fit pas sans à-coups, ni accidents, les stagnations et régressions furent nombreuses.

Mais là c’est différent, car cela touche notre propre chair.

Et surtout, la régression qui se profile, et qui a déjà commencé, va avoir une ampleur jamais connue (sauf peut-être à la chute de l’Empire romain).

Mon fils, qui vient de naître ce lundi 13 décembre au matin, à qui j’ai choisi de donner la vie alors que l’avenir est si sombre, pourras-tu me pardonner ?

 

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Jardidi 04/01/2011 16:33


Il répondra "oui".