Libye 2011-2012 : la première guerre sondagière

Publié le par Verdun

Juste quelques éléments de réflexion sur la guerre déclenchée par le Président Sarkozy en Libye, et qui est toujours actuellement en cours. Si la légitimité de cette intervention n'est pas contestable, la manière dont Mr Sarkozy a monté cette opération démontre de manière définitivement qu'il n'est pas l'homme de la situation.

 

A contre-temps et à contre-courant :

 

L'enchaînement des évènements et des décisions qui a amené le Président de la République française à déclencher seul les opérations en Libye est éloquent sur sa capacité à transformer en plomb tout ce qu'il touche déjà évoquée.

 

Si personne de sensé ne peut contester la nécessité d'aider le peuple libyen à se libérer de l'emprise du clan Kadhafi et de sa répression sanguinaire, la manière dont cela se fait soulève un nombre important de questions malheureusement sans réponses positives.

 

D'une part la France a dans cette affaire le plus mauvais rôle : celui du va-t-en guerre aux ordres des américains (si Sarkozy a poussé à une intervention, celle-ci ne s'est faite qu'après "l'autorisation" de Barak Obama, extorquée d'ailleurs par Hillary Clinton sur la base de la fausse assertion d'un soutien arabe).

 

La France n'est que le fidèle "servant" des USA dans cette opération, en concurrence avec le Royaume-Uni.

 

Ensuite, et nonobstant les mouvements de menton et les déclarations martiales à l'emporte-pièce, la réalité est simple : la France n'a pas les moyens d'assumer seule cette guerre (pourtant contre un pays faible militairement et proche de nos positions).

 

Cette opération intervient ainsi alors que l'armée française est en pleine débacle matérielle et morale, laminée par la politique de désarmement malheureuse de Sarkozy, associée à une attitude maladroite vis à vis de l'institution militaire, maltraitée comme l'éducation nationale ou la Justice (que l'on se souvienne de l'incident de Carcassonne).

 

Après avoir fermé des bases (par exemple Nîmes, Nice, Aix les Milles), et les escadrons de chasse et de bombardement, on se retrouve incapables d'assurer une présence aérienne permanente,sans l'aide d'autres pays. Ce qui est un comble pour une grande puissance présente sur tout le globe !

 

Enfin, l'intervention vient trop tard. Le terrain libyen est assez simple et ses impératifs sont connus depuis la seconde guerre mondiale : le verrou de la Cyrénaïque est Mers el Brega (appelé souvent Brega). Une fois ce verrou tombé, Benghazi est indéfendable sur terre et c'est toute la Cyrénaïque qui est menacée. La position d'Ajdabyia  n'est pas une position sérieuse, c'est juste un carrefour de routes qui commande toute la région, mais qui peut être aisément contourné.

 

Entendons-nous bien, la question n'est pas de savoir s'il fallait intervenir, mais plutôt de savoir pourquoi on a tant attendu (un soutien arabe ? nous ne l'avons pas plus aujourd'hui qu'en début de mois - un soutien russe ou chinois ? idem).

 

Cette intervention est beaucoup trop tardive et laisse les insurgés (pourtant aidés en secret depuis le début du mois - voir les livraisons de canons antiaériens françaises à Benghazi) en position affaiblie : la Cyrénaïque est menacée, et ils ne peuvent plus soutenir les villes soulevées à l'Est (Tripolitaine) : Misrata est abandonnée à son sort, comme Zaouyia et les autres villes côtières insurgées de Tripolitaine qui risquent d'être reprises une à une par les forces fidèles à Kadhafi...

 

Une guerre sans chef et sans plan :

 

Perdu dans sa activisme et son agitation chronique, et incapable d'avoir la moindre réflexion, Sarkozy se retrouve aujourd'hui à la tête d'une "coalition" sans chef et sans plan, faite de bric et de broc et qui a vocation malheureusement à se déliter avec le temps (voir les atermoiements italiens par exemple).

 

Il s'est engagé dans une opérations sans plan et a monté une coalition sans chef.

 

de fait, lancer une campagne aérienne n'a de sens que dans deux hypothèses :

- soit la structure politique du pays présente une vulnérabilité à l'action aérienne : cette hypothèse est rare mais explique le succès remporté contre la Serbie à l'issue d'une longue campagne uniquement aérienne qui a mis le clan Milosevic à genoux et l'a forcé à négocier la paix et accepter une occupation terrestre du Kosovo. Cette campagne est d'ailleurs la seule où la décision a été exclusivement remportée par les bombardements aériens ciblés et efficaces, révolutionnant la stratégie aérienne (voir par exemple cet ouvrage  qui expose les tenants et les aboutissants de cette "révolution" dans l'art de la guerre aérienne).

 

La Libye est-elle dans cette configuration ? D'après les éléments en notre possession, on peut en douter, aucune des emprises de la tribu Kadhafi n'étant réellement vulnérable par les airs.  Faire tomber cette tribu bien enracinée en Tripolitaine ne pourra donc se faire qu'en y allant.

 

- soit préparer une intervention au sol en "attendrissant" les défenses ennemies, réduisant son potentiel matériel et démoralisant les hommes : c'est le cas classique de la préparation aérienne, version moderne des préparations d'artillerie, précédant les offensives terrestres.

 

Or la Coalition n'a ni l'intention, ni les moyens d'intervenir au sol dans un cadre offensif (même si les USA paraissent rassembler des forces de Marines en Méditerranée).

 

Il reste un scénario de type "afghan", l'offensive terrestres reposant sur des forces locales (l'Alliance du Nord). Si l'on peut douter des capacités des insurgés à réaliser ce type d'offensive, le résultat de ce type de scénario hypothètique à ce jour, ne pourra aboutir qu'à une réédition de ce que l'on a connu en Afghanistan en 2003  : remplacer une domination tribale par une autre.

 

On conviendra qu'engager des forces coûteuses, exposer au danger nos hommes pour un tel résultat  ne peut satisfaire sérieusement aucun stratège.

 

Bref, la guerre aérienne actuelle a été lancée sans Stratégie d'exploitation, misant (pariant serait plus exact) sur un effondrement de Kadhafi qui ne s'est pas réalisé. Nous sommes dans une erreur de calcul typique, à la manière de l'invasion de l'Irak de 2003.

 

Il s'agit là d'une faute militaire et politique majeure, prenant au pied de la lettre la célèbre devise de l'Emperreur Napoléon Ier "on s'engage puis on voit", dans un dramatique malentendu

 

Napoléon lui ne s'engageait JAMAIS sans plan !

 

Car de fait, et c'est la situation actuelle : une fois la "No flying zone" établie, on fait quoi ?

 

Un nouveau concept : la guerre sondagière :

 

Il faut donc voir au-delà des proclamations : en fait, l'opération déclenchée par Sarkozy n'a pas pour but de résoudre la situation libyenne, mais est avant tout  liée à des considérations de politique intérieure.

 

Comme je l'avais entrevu, le pouvoir UMP est aux abois et prêt à tout pour se sortir de la nasse d'impopularité dans laquelle il se trouve, même en déclenchant une guerre (voir notamment mon billet "donc il faudra une guerre" et celui sur Sarkozy "l'homme qui transforme tout ce qu'il touche en plomb").

 

C'est donc à un nouveau concept de l'histoire militaire que nos courageux militaires (pensons notamment à nos pilotes qui risquent leur vie en ce moment même) que Sarkozy nous confronte : la guerre sondagière.

 

La fuite en avant est effrayante car c'est notre pays qui est ainsi entraîné vers l'inconnu : son Président ne reculera désormais devant rien pour faire oublier son bilan catastrophique, les perspectives sombres à laquelle il destine les français et assurer sa réélection coûte que coûte.

 

Ce calcul va-t-il être le bon ? nul ne peut le savoir même si le "son du canon" a tendance à doper à court terme la popularité des dirigeants en place.

 

Certains pourront argumenter contre notre analyse (pessimisme, antisarkozysme primaire...), qui est pourtant la seule qui nous paraisse expliquer pourquoi si nous intervenons aussi violemment en Libye, nous ne bougerons pas pour la Syrie, le Yemen, le Bahrein....

 

Mise à jour du 29/03:

 

Certains aux USA commencent à réaliser le véritable enjeu de cette guerre tant voulue par Mr Sarkozy. Voir l'article d'Ann Applebaum : "Le président français a-t-il défendu l’intervention en Libye pour avoir de meilleures chances d’être réélu ?”

 

C'est paru sur Slate ici : link

 

je cite un extrait tiré d'un article surLe monde.fr : "

Sarkozy espère clairement que l’aventure libyenne va le rendre populaire, écrit Anna Applebaum, avant de raconter l’anecdote suivante :

“Personne ne s’en étonne, d’ailleurs. Lors d’une conférence de presse à Bruxelles, la semaine dernière, j’ai vu un participant français se vanter du rôle de la France dans la campagne aérienne en Libye. A peine une minute plus tard, il était tout à fait d’accord pour dire que cette guerre était un stratagème pour aider à la réélection de Sarkozy.”

Pour Anne Applebaum, les Etats-Unis sont désormais embarqués dans une intervention militaire dont les buts ne sont pas précis et l’issue plus qu’incertaine."

 

C'était évident, cela devient flagrant.

 

Mais notre Président est déjà passé à autre chose, il va se rendre au Japon, s'exposer aux risques d'irradiation (gageons que ce sera de loin) pour gagner 3 points dans les sondages. Et ensuite jusqu'ou ira-t-il ?

 

 

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olaf 30/03/2011 03:15


Je suis d'accord que les insurgés ne font pas le poids. Et j'ai trouvé ridicule BHL disant que les forces loyalistes ne sont pas l'armée de Rommel, face à ces insurgés je considère que oui.
Il faudrait des mois pour armer et former ces rebelles.

Par conséquent, comme l'on souligné les russes, très probablement il faudra une intervention terrestre, un corps expéditionnaire, mais dans l'article :
« Ce qui est difficile à analyser, c’est pourquoi l'armée de Kadhafi prend l’eau. Nous n'avons aucune idée de l’état opérationnel précis de l’armée libyenne, leur valeur opérationnelle, si les
mecs vont se débander parce que ils ne sont plus payés ou si la logistique ne fonctionne plus. Kadhafi a des mercenaires mais nous savons peu de choses sur ses troupes à lui. »

Il y a donc beaucoup d'inconnues, du moins du grand public, on en sait peu de ce que peuvent savoir les services spéciaux du ministère des armées qui ne vont pas non plus balancer leurs infos sur
wikileaks.

Mais si c'est le fiasco que vous annoncez, ce sera également celui de Védrine, de DDV et d'autres partis qui ont approuvé, y compris DLR, sauf le PC et le FN, ça ne sera aussi pas le premier de la
présidence de Sarko et nous permettra de nous en débarrasser.

A chacun son Waterloo. D'ailleurs, je n'ai pas voté pour lui, estimant d'emblée le personnage, mais surtout son programme de 2007 ainsi que sa présidence comme nuls. Mais on a peut être les
dirigeants qu'on mérite, car à l'époque je me souviens des gens enthousiastes à son égard, dont un même déclarait que Sarko est un génie. C'est le problème de l'enthousiasme parfois, ça aveugle.


Verdun 30/03/2011 13:54



Nous sommes d'accord sur la faible qualité des forces opposées (qu'il s'agisse des loyalistes comme des insurgés).


En revanche, ceci renvoit à ma remarque, essentielle dans ce billet, selon laquelle il est quand même extraordinaire que la France seule ne puisse régler cette question.


Et cela fait référence à la politique criminelle de destruction de l'Armée et de la Défense sous couvert de rigueur budgétaire (la Défense n'étant perçue par les idéologues de l'UMP avant tout
comme un service public comme un autre, un "mammouth" à dégraisser).


Je ne prévoit pas un échec, mais plutôt une cristallisation vers une partition de fait de la Libye, comme la Cote d'Ivoire.


à priori, personne n'ira à terre en Libye (à part les ops spéc qui y sont déjà pour cibler les objectifs et former les insurgés). Ce ne sera pas Waterloo, mais plutôt une autre "Géorgie", un truc
marketing sans effet sur le long terme mais permettant de plastronner et de "rouler des mécaniques"....


La question est donc : que fallait-il faire ? Je vais y revenir dans un autre billet (qui sera conçu un peu grâce à nos échanges).


Il fallait y aller différemment, et surtout bien plus tôt et sans préciser dès le début qu'on n'en fera pas plus (meilleur moyen de renforcer la détermination kaddhafiste).


Je vais y revenir.



olaf 29/03/2011 20:54


Je n'y connais rien, parfait, je vous laisse à cet argument d'autorité.

Il n'y a pas eu de massacres, demandez à des historiens espagnols ce qu'ils en pensent.

Encore une fois je ne conteste pas les qualités de militaires de Napo, mais pour en faire quoi ?

Des guerres de plus ?

Pour la stratégie efficace, elle ne dépend pas que du militaire, elle est diplomatique et politique, chacun joue son rôle, la guerre n'est qu'un élément, y compris les batailles gagnées ou perdues
qui ne sont qu'un morceau de stratégie. Vous devriez lire Sun Tzu aussi.

Ceci dit, que Védrine ou DDV aient approuvé cette offensive, est peut être un signe, les deux sont relativement chevronnés et pas va t en guerre, sans compter qu'ils connaissent le monde arabe et
nord africain. On peut supposer qu'ils en savent un bout sur les rouages moins visibles des relations internationales.

Donc, je veux bien ne rien connaître à Napoléon, mais j'ai un peu fréquenté les milieux de la diplomatie.


Verdun 29/03/2011 23:24



Il ne s'agit pas d'un argument d'autorité mais d'un constat. Je vous parle d'une planificatio, (non-planification serait plus exact) et vous me balancez des exemples inexacts. Des "massacres" en
Espagne, vous avez des exemples précis ?


La contre-guérrilla à l'époque n'est pas une partie de plaisir, mais ne plaquez pas des postulats du XXIème siècles sur des comportements du XIXème (antérieurs par exemple au droit international
sur les crimes de guerre).


Tenez un exemple de ce que fut la guerre d'espagne : la campagne de Catalogne de Suchet (à laquelle participèrent des jeunes officiers qui vont ensuite constituer l'empire français en Algérie),
c'est un classique et l'un des rares succès de contre-guérrilla connu de l'histoire militaire.


Pour revenir à notre propos, vous commettez je le répète un contresens majeur sur mon texte : j'écris qu'il ne fallait pas y aller comme ça (après avoir démoli notre armée pendant 4 ans et +,
dispersé notre efforts - on est toujours en Afghanistan, pourquoi ? - et avoir tardé à agir...) et vous vou voulez me faire dire "il ne fallait pas y aller".


C'est trop court.


Cet avis est partagé par d'autres, voir ici par exemple :


http://www.marianne2.fr/Libye-les-troupes-sont-deliquescentes-des-deux-cotes_a204449.html


je cite par exemple : "Dans le cadre d'un mandat de l'ONU, l'énoncé politique de la mission est très important. Au début, je pensais que faire une zone d’exclusion aérienne ne résoudrait pas
la question militaire. Les insurgés n’allaient pas devenir d’un coup une armée ordonnée, équipée etc. Donc la zone d’exclusion aérienne risquait non pas de nous permettre de nous limiter à
surveiller une zone particulière mais de nous obliger à étendre les frappes de plus en plus pour empêcher qu’une armée au sol ne pénètre dans la ZEA. Du coup, cela deviendrait plus qu’une ZEA
mais une sorte de voie aérienne pour sécuriser un espace pour les insurgés. Ce qui est déjà autre chose. De fait, c’est un peu ce qui s’est passé puisque la coalition a frappé partout :
Tripoli, Syrte, Misrata. Ils ont donc relativement élargi la résolution.
Kadhafi a alors attaqué les poches de résistance qui étaient à l’ouest, hors de la zone d’exclusion aérienne et il s’est retrouvé à pouvoir réprimer les troupes proches de la la frontière
Tunisienne. "
Cela confirme mon sentiment : cette affaire a été engagée sans penser au coup d'après et peut donc mal se terminer, ce qui est le cadet des soucis de notre Président, avant tout préoccuper par sa
côte d'impopularité : il va maintenant se faire irradié au Japon pour gagner encore 3 points... je tremble en imaginant sa prochaine idée pour gagner dix points d'un coup ;-)


Ce sera à l'OTAN et à nos braves militaires de terminer le sale boulot, sans moyens (rigueur oblige) et sans motivation... Cette opération risque d'être un formidable aveu de faiblesse : la
France n'est plus capable d'agir seule, même contre un pays déliquescent comme la Libye !



olaf 29/03/2011 12:50


« Votre argument est donc factuellement et historiquement faux. » ?

L’Espagne a été le début de la fin, ça a été un massacre, les espagnols le haïssaient, l’équivalent, voire pire que Bush en Irak. Vous qui êtes contre l’ingérence, avec Napo vous êtes servi.

Hegel avait dit qu’il était l’âme du monde, mais a vite changé d’avis, même les penseurs peuvent se tromper, comme aussi Heidegger avec le nazisme ou Sartre avec le communisme soviétique.

Napoléon était un très bon stratège formé à l’école militaire royale, mais assez piètre géopolitique, ayant non seulement hérité d’armes redoutables mais aussi d’un réservoir d’hommes important, la
France avait une forte démographie. Tout comme Hitler qui a bénéficié d’une forte démographie allemande.

Napoléon était aussi un bon communicant, manipulateur de foules, comme Musso ou Hitler et bien d’autres. Enfin, il s’est empressé de rétablir une monarchie pour remplacer l’ancienne, comme le font
tous les autocrates.

Personnellement, je n’éprouve pas de sentiments mythiques quelque soit le dirigeant politique de l’histoire, donc rien à détruire.


Concernant la Libye, Sarko n’a plus le choix, il devra trouver le moyen militaire, diplomatique ou politique de faire tomber Kadahfi, qui quoi qu’on raconte était un vrai problème en comparaison de
tous les autres dirigeants arabes, peu recommandables, mais moins problématiques tout de même, qui n’ont pas comme lui mis la zone en permanence sur le plan international, malgré la courte
virginité retrouvée dont on l’a couvert un moment.


Verdun 29/03/2011 14:23



Ecoutez, pour l'histoire des campagnes Napoléoniennes, manifestement vous n'y connaissez rien. Je serai le dernier à contester vos critiques des méthodes politiques du petit tondu, mais ne venez
pas argumenter sur de prétendus "massacres" en Espagne. La campagne d'Espagne a duré 5 ans, avec des revers mais aussi des victoires, y compris lorsque Napoléon n'y était plus.


Et surtout avant les campagnes d'Espagne et de Russie, il y a eu les deux d'Italie, la manoeuvre d'Ulm (chef d'oeuvre stratégique), d'Austerlitz, de Prusse en 1806, de Pologne en 1807, du Danube
en 1809....


Vous contestez l'utilisation de la planification napoléonienne comme illustration de mon propos sur l'absence de plan et de stratégie efficace.


Je la maintiens.


La question n'est pas la légitimité de cette intervention (encore que l'on pourrait préférer une intervention en Cote d'ivoire ou en Syrie, plus proche historiquement de nous), mais la manière.


Le problème n'est donc pas de contester le fait d'y envoyer nos rafales, mais la manière dont on s'y est pris : trop tard et sans plan lisible.


Je veux bien que l'on me dise que le plan est peut-être "secret", les opérations en cours nécessitant un minimum de discrétion et l'information étant incomplète et parcellaire, mais ne me faite
pas dire qu'il ne fallait pas y aller...


V



olaf 28/03/2011 03:02


"Sans entamer de discussions sur les campagnes d'Espagne et de Russie"

Dommage, parce que c'est l'aboutissement de l'aventure napoléonienne, sans compter beaucoup d'autres erreurs comme celle d'avoir très souvent bloqué les possibilités d'innovations techniques,
civiles ou militaires, alors qu'il avait hérité de la royauté des armes les plus efficaces de l'époque.

Sinon, les afghans ont mis en échec les russes sans appui aérien, seulement avec une aide en matériel. Par conséquent, il est probable qu'officieusement du matériel est fournit aux insurgés. Il y a
les plans affichés et les plans non affichés. La guerre c'est aussi l'art du mensonge.


Verdun 29/03/2011 10:26



Heu, je crains de n'avoir pas la même vision des campagnes napoléoniennes (qui a gagné en Espagne en 1808 - c'est après son départ que les choses ont mal tourné, pour la Russie il a fait de
mauvais choix à partir de l'échec de la manoeuvre de Wilna - mais est quand même arrivé jusqu'à Moscou).


Je sais qu'il est actuellement à la mode de "démolir" le mythe napoléonien, mais il ne faut pas se tromper d'arguments : la guerre napoléonienne est une guerre proprement révolutionnaire en
matière d'organisation et d'innovations, même si les matériels ne bougent pas bcp (et pour cause, la technologie militaire ne changera qu'à la fin du XIXème siècle).


Votre argument est donc factuellement et historiquement faux. D'ailleurs, je me permets de vous signaler que même les pires ennemis de Napoléon (comme Clausewitz) l'appelaient le "Dieu de la
guerre", et ce n'était pas du second degré.


Mais ce n'est pas le lieu d'un débat historique.


De même, l'Afghanistan (pays de haute montagne) n'est pas comparable à la Libye, où l'impact du soutien aérien est bien plus important sur ler terrain plat côtier sur lequel vont désormais
se dérouler les opérations.


Pour revenir sur la Libye, bien sûr que des armes sont fournies aux insugrés (je l'ai écrit et c'est connu, notamment des canons antiaériens de 105 à Benghazi, avec instructeurs par les services
secrets français).


Les opérations se sotn déplacées à l'entrée de la Tripolitaine avec un obstacle de taille : la ville de Sirte, fidèle à Kaddhafi pour l'instant, et qui va bloquer toute avancée vers l'Ouest. Quel
dommage que nous soyons intervenus si tard, car les insurgés partent maintenant de loin !


Dernière info : un journal italien sérieux le Libero prétend que l'intervention serait préparée depuis 6 mois par les coalisés, voir là : http://affaritaliani.libero.it/politica/sarko_rivolta_libica230311.html


à prendre avec précaution, tant l'Italie a intérêt à ce que Kaddhafi reste (elle a obtenu contre les français de gros Contrats), comme l'Allemagne d'ailleurs (ce qui relativise leurs
tergiversations à l'intervention).


 



olaf 27/03/2011 19:59


Citer les plans B de Napoléon me parait malvenu. Celui ci s'est embourbé dans pas de campagnes sans issues, l'Espagne et la Russie notamment.

Que Sarkozy mise sur une réussite de l'intervention est évident, c'est enfoncer des portes ouvertes que de le dire.

Que cette intervention Libyenne soit utile, seul l'avenir nous le dira.


Verdun 27/03/2011 23:05



Je crois que vous avez des préventions infondnées vis à vis de Napoléon (je vous recommande la lecture des livres du général CAMON, dont : "la bataille napoléonienne" de H. CAMON). Sans entamer
de discussions sur les campagnes d'Espagne et de Russie, je vais insister sur l'absence totale de plan à long terme de l'intervention en Libye.


D'ailleurs mes prévisions sont confirmées : Ajdabiya a été reprise rapidement et les positions seraient au moment où j'écris au-delà de Brega. Or toute la région de Sirte est un "goulot
d'étranglement" stratégique, commandant le passage entre la Tripolitaine et la Cyrénaïque. Et Sirte, grande métropole dévouée à Kaddhafi ne tombera pas facilement.


Je n'ai pas écrit que Sarkozy "misait sur une réussite", mais au contraire, qu'il misait sur un effet de politique intérieure en France de cette opération "marketing" et non un effet durable en
Libye. Les opérations ont été déclenchées trop tardivement et il semble qu'elles manquent de capacité d'exploitation.


Une fois la supériorité aérienne établie, on fait quoi ? On y va (intervention à terre) ? On laisse tomber ? Ce n'est pas d'un Plan B dont il est question, mais d'un plan tout court.