Cote d'Ivoire et Syrie d'abord : Repenser la politique étrangère de la France de manière autonome

Publié le par Verdun

La réflexion sur l'interventionnisme inattendu de la France en Libye, où historiquement elle n'a rien à faire (comme en Afghanistan d'ailleurs) renvoie inexorablement vers une reconfiguration globale de la poltique étrangère de la France. Comme en politique intérieure, les temps ont changé et nos dirigeants ne paraissent plus capables de concevoir une action de la France à l'étranger de manière autonome.

 

Car il existe aujourd'hui un paradoxe : alors que jamais dans son histoire la France n'a disposé de tels atouts, aucun de ses dirigeants ne peut concevoir une action de la France seule.

 

La vraie question est là : pourquoi depuis maintenant presqu'un siècle (les années 20) la France s'empêche d'agir de manière autonome, dans son intérêt et pour défendre son point de vue dans le monde ?

 

Pourquoi adopte-t-elle systématiquement ce comportement "d'homme malade" qui quête à chaque instant l'assentiment de ses Alliés ou de la communauté nationale avant d'agir ?

 

Comme nous l'avons relevé, il s'agit avant tout des conséquences d'un traumatisme majeur, celui de juin 1940, venant à la suite de la Première guerre mondiale. Et ce traumatisme a marqué toute une génération d'hommes politiques qui a imposé son point de vue aux dirigeants actuels : la France ne peut rien seule.

 

Or rien n'est moins vrai.

 

Et surtout aucune assertion n'est plus dangereuse dans un monde en pleine mutation, et où la France a tout à perdre mais aussi tout à gagner dans les années à venir.

 

La France est aujourd'hui la troisième puissance mondiale :

 

Loin devant le Royaume-Uni, l'Allemagne, le Brésil ou l'Inde, la France joue indubitablement dans la "cour des grands" et peut rivaliser avec les Etats-unis, la Chine ou la Russie.

 

C'est une réalité que nos élites refusent d'assumer préférant sourire et tourner en ridicule ceux uqi osent faire ce constat. Et pour cause puisque mené au bout de sa logique, le raisonnement partant de ce constat aboutira immanquablement à la prise de conscience de leur faillite personnelle.

 

Argumentons donc :

 

la France est puissante :

- de son indépendance nucléaire et militaire (qui demeure malgré les politiques détruisant avec une rare constance l'outil militaire et les savoirs-faires - avec le XXème siècle s'est ainsi éteinte une tradition pluriséculaire de fabrication d'armes à feu : notre pays ne fabrique plus ses munitions et abandonnera aussi lorsque le FAMAS sera remplacé la fabrication d'armes de poing) ;

- son emprise territoriale : les possessions françaises couvrent tous les continents et toutes les mers du globe et font de notre pays le premier empire au Monde (avant même les USA). Un seul exemple : le pays qui a la plus grande frontière terrestre avec nous est le Brésil (posez la question la question autour de vous et vous verrez l'étonnement des français - totalement intoxiqué par un demi-siècle de propagande régressive).

 

Outre ces éléments objectifs, la France dispose de moyens d'influence non négligeables et qu'elle est en train de perdre (parfois par pur sabotage) :

- un réseau d'écoles et de représentation officiel très dense (même si les plans de rigueur l'ont drastiquement réduit) ;

- le support de la francophonie qui restel'une des langues les plus parlée au monde (8ème ou 9ème selon les rangs mais avec 60 % de locuteurs de moins de 30 ans - la 3ème langue sur le net).

- une capacité d'innovation industrielle et commerciale importante (les marques françaises, même détenues par des Sociétés étrangères rayonnent littéralement sur tout le globe)

 

Enfin, la parole de la France a une valeur particulière car elle dispose d'une longue tradition historique et d'une grande aura en matière de Liberté, de Droits de l'Homme (dans leur conception universelle), mais aussi d'alternative à l'emprise anglo-saxonne.

 

Grâce à ces atouts, il suffirait donc d'une volonté forte de porter cete parole et cette différence, d'apporter à nouveau à l'ensemble de l'humanité une voix offrant une alternative à la rapacité du capitalisme anglo-saxon dont l'instinct de prédation atteint ses limites aujourd'hui pour changer du tout au tout la situation.

 

Rien n'est impossible et les français ont toujours plebiscité ceux qui ont porté cette parole conformément à leurs valeurs, sans s'embarrasser des limites psychologiques actuelles qui ne demandent qu'à être dépassées.

 

Et au-delà de ce constat, il est dès lors évident que c'est d'abord en Côte d'Ivoire et en Syrie que cette nouvelle politique extérieure, forte et soucieuse des droits de l'homme et du bien-être des peuples pourra se déployer.

 

En Côte d'Ivoire, il suffit de quelques moyens pour débloquer une situation intolérable. La dictature de Gbagbo n'a que trop duré, et la situation de partition de fait que subit le pays aujourd'hui ne peut plus durer. Une action énergique contre la petite clique qui s'accroche au pouvoir, usant de plus en plus de la violence, suffira pour rétablir, dans le cadre d'un mandat temporaire la sérénité.

 

De nouvelles élections pourront ensuite être organisées par les ivoiriens, sous le contrôle de la France (contrôle neutre), en excluant le Président sortant pour générer le renouvellement des dirigeants.

 

Au-delà de la résolution d'un problème sclérosant et peu glorieux pour notre pays comme pour la communauté internationale, il s'agira d'un message fort envoyé aux dictateurs africains qui ont beau jeu aujourd'hui de profiter de notre passivité complice pour continuer leur pouvoir.

 

En Syrie, nous sommes en présence d'un mouvement populaire majeur qui de demande qu'à être soutenu pour là encore viser au renversement de la dictature El Assad (soutenue par les Alaouites, minoritaires mais dominants depuis le mandat français). Il faut rappeler combien il est important pour le succès à long terme  d'une action de l'extérieur contre un dictateur, d'un soutien des populations.

 

Nous risquons de manquer l'occasion unique de modifier fondamentalement le positionnement syrien, qui est stratégiquement décisif pour tout le Proche-Orient. Comment oublier que la Syrie est le maillon essentiel de l'influence iranienne en palestine et au Liban ?

 

Aucune paix durable ne pourra être établie dans la région sans un changement de régime en Syrie, libérant le Liban et privant les extrémistes palestiniens et le Hezbollah d'un soutien matériel et financier décisif.

 

C'est le domino manquant qui est en passe de tomber aujourd'hui et que nous laissons debout par passivité.

 

Quelle erreur historique !

 

Là encore, ce n'est pas une question de moyens, de soutien international, mais avant tout une affaire de volonté. La France aune responsabilité historique vis à vis de ces deux pays et son intervention peut garantir la pérennité des institutions démocratiques qui succèderont aux régimes actuels.

 

Nous avons les capacités de le faire, mais pour cela il faut une volonté qui fait défaut, avant tout car nos dirigeants, médiocres gestionnaires à la petite semaine, sont incapables de concevoir un projet de dépassement collectif, seul à même de faire rêver et agir ce vieux peuple qui n'en peut plus.

 

Français encore un effort pour être vous-même dans l'intérêt du monde entier !

 

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Verdun 12/04/2011 13:18


Bonjour,

Ne faites pas semblant de ne pas comprendre qu'en refusant par principe toute intervention extérieur, vous prenez une position insoutenable historiquement (en comparant avec la France en 1944 - où
De Gaulle n'avait jamais été élu ciontrairement à Ouattara / avec l'AFN 1943 - occupée par acune armée étrangère au moment de l'arrivée des Alliés, ou avec les Etats-Unis pendant la guerre
d'indépendance avec l'intervention française...).
Le débat de savoir s'il fallait s'en mêler est un débat citoyen que je respecte, mais sur lequel ma position n'est pas aussi tranchée que la votre :
Imposer la démocratie avec les chars non bien sûr
Soutenir l'application d'un suffrage régulier, oui.
Après, on peut critiquer la méthode employée, le moment choisi et le fait qu'un tel soutien n'ai pas été systématique (le FIS aussi en Algérie avait été élu régulièrement avant le coup de force du
complexe militaro-industriel algérien).
De toutes les façons, Gbagbo est tombé et c'est maintenant qu'il faut être le plus prudent et le plus présent pour aider avec tact discrétion et efficacité, le peuple ivoirien à sortir de cette
crise, dont nous fûmes aussi responsables.
Tact, discrétion et efficacité, tout ce qui caractérise notre Président ;-)

Reste la Syrie où malheureusement nous ne ferons rien (à part de beaux discours).
V.


Antoine 12/04/2011 10:00


La comparaison entre la France de 1944 et la Côte d'Ivoire de 2011 n'est pas pertinente car en 1944 la France était occupée par l'armée allemande! Quelle armée étrangère occupe aujourd'hui la Côte
d'Ivoire? Certains Ivoiriens vous répondraient que c'est la force Licorne ou l'ONUCI...

La France est intervenue (force Licorne) en 2002 pour protéger le président Gbagbo déclaré vainqueur de l'élection présidentielle de 2000. Résultat, Gbagbo repousse les élections prévues en 2005
jusqu'en 2010 et se proclame à nouveau vainqueur. La France intervient à nouveau pour soutenir Ouattara. Que va-t-il se passer maintenant? N'aurions nous pas dû laisser les Ivoiriens régler leurs
problèmes entre eux dès 2002?


Verdun 11/04/2011 13:47


@ Antoine,
Je crois que votre opposition est typique de la tendance actuelle à ne pas voir les différences entre 2003 et 2011.
Au préalable, j'aimerai savoir si pour vous la France libre et De Gaulle ont été en 1944 perçus comme le "parti de l'étranger", alors même qu'ils sont pourtant arrivés à la suite de l'offensive des
Alliés.
Il ne s'agit pas ici d'imposer de "l'extérieur" une démocratisation, mais de garantir que le désir exprimé par les peuples eux-même (ou en tout cas une partie d'entre eux) sera voué au succès, pour
le bien de tous.
Il ne s'agit pas ici de refaire des opérations de type "Irak - 2003", mais de soutenir les mouvements intérieurs dans leur quète de liberté.
De toutes les façons, nous n'avons plus le choix dans un monde "village planétaire", soit on agit, soit on s'expose à regarder à la télé les révoltes se faire écraser dans le sang (et que
répondrez-vous à ceux qui vous accuserons alors de n'avoir rien fait ? d'avoir été ? d'avoir été complice des dictateurs ?).
La question du choix dans le contexte actuel (qui n'a rien à voir avec celui dans lequel Bush jr a voulu nous pousser à agir, il ne s'agit pas d'une "croisade") n'est d'ailleurs plus posée. En
revanche, celle de la manière d'agir reste pertinente : que faisons-nous en Libye alors que notre place serait en Côte d'Ivoire (nous y sommes aujourd'hui mais bien tard) et surtout en Syrie ?
C'est le sens de mes remarques.
Je le répète, face à une initiative qui vient des peuples eux-mêmes, de l'intérieur, nous ne pouvons rester passif. C'est un devoir d'aider les autres à aller,chacun à son rythme et selon son
chemin, vers la démocratie. Après il y a les bonnes et les mauvaises réactions...
Je pense que ce qui se passe en Syrie est une occasion unique de peser sur l'évolution de tout le proche orient, et nous risquons peut-être de la rater en engageant le peu de forces en Libye (même
si rien n'est encore joué).
V.


Antoine 10/04/2011 21:54


Je ne suis pas d'accord avec vous sur la Côte d'Ivoire et la Syrie. Ce n'est pas à la France d'intervenir dans les affaires internes de pays indépendants. D'une part parce que le camp soutenu
apparaîtra comme le "parti de l'étranger" et d'autre part parce que rien ne garanti que les opposants d'aujourd'hui ne forment pas les dictateurs de demain. Enfin, n'oublions pas les Français qui
vivent sur place et qui risquent les représailles d'un camp ou d'un autre.
En conclusion, cette citation de Jaurès : «Donner la liberté au monde par la force est une étrange entreprise pleine de chances mauvaises. En la donnant, on la retire.»